Le Kailash, entre réalité ultime et réalité conventionnelle

Les Yogas Tibétains et le concept de bien-être

L’authenticité des origines

Authenticité. C’est le mot qui vient lorsque l’on parle des yogas tibétains. Ces pratiques sont très anciennes, prenant leur source il y a dix huit mille ans dans la tradition Bön du Tibet, bien avant l’introduction du Bouddhisme qui, mêlé au Bön, deviendra le Bouddhisme tibétain, ou Tantrayana. 

Cette authenticité est en premier lieu présente du fait de la situation géographique du Tibet. Ce haut plateau aride, situé à plus de 4000 m d’altitude, résulte d’un ancien sol marin, poussé vers le haut du fait de la remontée de la plaque tectonique indienne vers le Nord. Autour de ce plateau retiré, les plus hautes montagnes du monde forment un rempart, un mur de protection, isolant ce pays du reste de la planète. Les conditions y sont rudes, l’oxygène rare, les hivers froids, et l’accès difficile. La venue de peuples étrangers fut donc plutôt rare, d’autant plus que le peuple tibétain a toujours été réticent à l’interaction avec les étrangers. Il est bien connut que ceux-ci furent régulièrement repoussés ou mis à l’écart lorsqu’ils tentèrent d’explorer le pays.

Authenticité également car les yogis eux-mêmes préservaient leurs savoirs au point que même les villageois n’étaient pas autorisés à poser leur regard sur un yogi en train de pratiquer. Durant plusieurs millénaires, les lignées se transmettaient depuis un maître vers un seul élève et ce n’est que tardivement que la propagation de l’enseignement se fit depuis un maître vers un petit groupe d’élèves. Toutes ces conditions ont permis de préserver l’authenticité d’une pratique qui n’a jamais été dissociée d’un tout. 

Une vision holistique

Ce tout est la vision holistique que les Tibétains portent sur l’être humain et ses dimensions. La sphère spirituelle est donc entièrement intégrée à la sphère médicale mais également à la sphère sociale, familiale, et culturelle. 

Le médecin est avant tout un pratiquant spirituel et il ne prodiguera pas uniquement des conseils médicaux. Il va avant tout inculquer des conseils en terme de diététique puisque le premier médicament, dans le système médical tibétain, est l’alimentation ; il va ensuite donner des conseils de vie pouvant porter sur le sommeil, sur les loisirs, sur l’écoute de musique, ou encore inviter le patient à effectuer une pratique méditative ou des exercices de yogas tibétains.

Mais le mot-clé derrière tous ces conseils sera de se détendre, de se relaxer.

La voie de la sagesse : la relaxation profonde

L’enseignement spirituel porte sur différents sujets comme le non-soi, la vacuité, l’interdépendance, le karma, …, toutefois le lama invite toujours le disciple à pratiquer. A méditer. Car le but principal n’est pas une assimilation intellectuelle, mais bien une transformation.

L’assimilation intellectuelle n’a en effet aucun sens si l’individu n’est pas à même d’appliquer ce dont il parle ou ce qu’il comprend. 

La sagesse ne consiste pas à faire état de millions de connaissances mais simplement d’être dans la compassion, l’acceptation, l’ouverture du coeur, et la joie. Pour cela, il y a plein de méthodes, mais toutes n’ont qu’un objectif : ouvrir les canaux du corps subtil afin de faire circuler l’énergie. Et quelle que soit la méthode, nous avons besoin de nous détendre, de nous relâcher, pour apprendre à ressentir le corps subtil, d’où ce conseil toujours répété par les maîtres : « Feel »… « Ressens »… Cela est la toute première étape et elle est essentielle car il ne peut y avoir de pratiques sur les canaux si l’on ne ressent pas le corps subtil. 

Le Bouddhisme tibétain est arrivé en Occident il y a maintenant un demi-siècle et aujourd’hui le constat est toujours le même, l’Occidental intellectualise… il n’a toujours pas compris… au grand dam des maîtres qui pourtant ne cesse de souligner ce fait essentiel.

Alors se relaxer, oui mais comment ? Tout d’abord, il est essentiel de comprendre qu’il y a se détendre et se détendre. Car là encore, tout est question de réalité. Se détendre lors d’une balade en forêt en pensant à sa famille, à ses amis, à ses projets, … ou se détendre en regardant un film ou en lisant un livre, c’est bien, c’est agréable, mais ça n’est pas la détente que nous recherchons, cette détente-ci n’étant qu’une détente illusoire, en lien avec les pensées, associant un détournement de l’esprit vers un objet de plaisir extérieur, que l’on appréhende donc dans la saisie, car si il y a pensée, il y a saisie.

Les yogas tibétains entrent en action

C’est là que les yogas tibétains trouvent leur place. Ils vont permettre de relâcher les blocages énergétiques ancrés dans le corps subtil, lesquels proviennent de l’accumulation des contractions apposées dans le corps énergétique du fait de nos émotions perturbatrices.

La libération des blocages permet de relancer la circulation de l’énergie et étant donné que notre esprit est en lien avec ce flux subtil de l’énergie, sa modification va permettre la modification de nos états d’esprits. 

Voici ce qu’en dit Sa Sainteté le Dalaï Lama : « Ces yogas améliorent l’écoulement des énergies dans les différents canaux. Une fois que ces canaux fonctionnent sans heurt, la pratique de la méditation s’approfondit et l’on peut entrer dans les pratiques tantriques plus élevées ».

Cette ouverture des canaux peut s’effectuer de différentes manières et cela explique pourquoi il existe différentes techniques de yogas tibétains, chacune étant complémentaire à l’autre.

Ces pratiques de yogas tibétains authentiques sont toutes reliées à un maître tibétain reconnu dans la sphère tibétaine. Lorsque nous sommes conscients de cela, nous ne risquons pas de nous tourner vers de fausses pratiques soi-disant tibétaines qui ne sont qu’un ensemble de mouvements déconnectés de leurs origines et enseignés sans l’enseignement.

L’enseignement des yogas tibétains ne peut s’effectuer sans la connexion à une lignée authentique car nous oeuvrons sur un plan énergétique, ni sans la transmission orale car il s’agit réellement de techniques permettant de se transformer au-delà de l’aspect « bien-être » devenu de nos jours le leitmotiv commercial de la majorité des pratiques spirituelles découlant des méthodes originelles. 

Une saisie sur les pratiques

Nous voyons ainsi fleurir des « yogas d’inspiration tibétaine », ou encore la remise en commercialisation récente des « 5 tibétains ». Il est important de savoir que ces techniques ne font pas partie de la sphère des yogas tibétains. Pour exemple, les « 5 tibétains » ont peut être réellement pris leur source dans une observation de la pratique (bien que cela reste discutable lorsque l’on rentre dans les détails), toutefois, lorsque l’on lit la théorie associée à ces « 5 tibétains », il est aisé de rapidement comprendre qu’ils découlent de la compréhension holistique du système indien et non pas du système tibétain. Malheureusement de nos jours tout est bon pour vendre. De la même manière, nous pouvons voir de nombreuses offres autour des « bols tibétains » et cette appellation désole les maîtres authentiques car les bols chantants n’ont jamais existé au Tibet ! Ce sont des bols chantants mais pas des bols tibétains… 

Le mot « tibétain » est relié à des faits mystérieux et extraordinaires, de récits de prouesses relatées par des explorateurs des siècles derniers, attisant ainsi la soif de reconnaissance de l’Occidental englué dans les attachements de l’égo. 

Le problème est que l’engouement pour ces techniques copiant les traditions tibétaines sans en avoir intégré l’essence ne fait que maintenir le pratiquant dans des pratiques illusoires, le maintenant dans le cycle perpétuel de l’attachement, des saisies, des attentes, des peurs et des souffrances.

On voit ainsi sur les forums des gens expliquer que les pratiques peuvent mener au bonheur et les méthodes vantent le fait d’entrer dans des saisies égotiques telles que de montrer les photos des figures les plus acrobatiques, ou la mise en place de pratiques toujours plus illusoires, créant toujours plus d’attachements. On pratique désormais pour perdre du poids ou pour évacuer les problèmes de nos vies. Nous sommes très loin de l’essence de l’enseignement qui consiste à se libérer de ces attachements au paraître et au fait de croire en l’illusion d’une vie fluide. Chacun de nous affronte la maladie, la disparition de la beauté de la jeunesse, la perte d’un être cher. Là sont les valeurs essentielles de la vie et avec lesquelles nous devons apprendre à nous détacher par l’acceptation plutôt que de fuir dans une saisie du selfie retouché pour paraitre toujours plus mince, plus jeune, plus beau,…

La nouvelle spiritualité est une spiritualité qui vend du vent, mais pas le bon, pas celui qui circule dans nos canaux et peut transformer nos états d’esprit afin de nous conduire vers la vraie liberté.

Le bien-être spirituel découle de la réalité ultime

Il est vrai que de vendre la réalité est moins vendeur. Le système tibétain nous enseigne en effet que nos meilleurs maîtres sont nos souffrances et nos obstacles. Il est inutile de chercher le bonheur à l’extérieur de nous, il est là, au plus profond de notre être, masqué par notre ignorance. 

Faire croire que de pratiquer nous amènera une vie douce et dénuée d’obstacles est l’illusion du 21ème siècle et notre nouvelle société de consommation connectée nous pousse toujours plus à entretenir cette saisie intérieure.

Dans le système tibétain, nous apprenons que de courir après tout ce que la société commerciale veut nous proposer n’est qu’illusion. Nous apprenons que nous devons aller à l’intérieur de nous afin de prendre conscience de nos attachements, des plus grossiers aux plus subtils, afin doucement de nous en libérer. 

Alors que la transformation opère,  nous réalisons que le seul bonheur est celui qui se trouve à l’intérieur, au-delà de toutes nos saisies, nos rejets, nos illusions. 

Toutefois il faut reconnaître qu’il est plus facile de se tourner vers celui qui nous vend la pleine conscience en moins de 10 séances que de se tourner vers le long cheminement qu’implique la transformation à cette vérité expliquée par le Bouddhisme tibétain. Rares sont ceux qui ont la force et le courage d’aller au-delà sur le chemin difficile et courageux du guerrier vajra, en route vers la vérité ultime, cette réalité libérée de l’ignorance.

Un voyage intérieur vers l’acceptation du changement

Le voyage intérieur est un long cheminement prenant source dès notre naissance, même si nous n’en sommes pas réellement conscients. Les chemins de la vie amènent leurs lots de bonheurs et de souffrances, et nous nageons inconscients dans ce courant en essayant de nous accrocher à nos désirs et à nos attentes dans l’espoir illusoire de repousser nos souffrances et nos peurs. Toutefois la bataille semble vaine tant que les voiles obscurcissant la réalité continuent à tenir la barre du navire. 

Certains resteront au poste de matelot, ballotés par les flots de la vie entre mer calme et océan en furie, bondissant d’un désir à l’autre, saisissant tout ce qui peut être saisi afin de masquer,  inconsciemment, les peurs d’une épreuve à venir.

D’autres, poussés par leurs karmas, doucement verront ces voiles s’affiner et des étincelles de compréhension surgir pour un jour les pousser à endosser le rôle du capitaine du navire, prêts à affronter leurs pires démons pour aller au-delà trouver la paix intérieure cachée derrière la barrière de corail, cette carapace que nous construisons pour nous donner l’illusion d’être, et  enfin, peut-être, découvrir le lagon paisible au milieu de la tempête. 

C’est sur ces pensées que j’aime introduire les yogas tibétains et c’est à travers l’esprit du voyage que je les amène. Car le voyage est changement ; nos sens sont imprégnés de changement ; nos quotidiens sont changement perpétuel ; les univers sont en changement ; la vie elle-même est en changement permanent.  Cette impermanence est reliée à nos peurs, et donc à nos attachements créés pour tenter d’évacuer ces peurs en solidifiant nos existences. Cela nous rassure.

Mon premier contact avec l’univers tibétain eut lieu en Inde, en 1979, alors que j’avais 10 ans et demi. Nous avions visité les monastères du Laddakh mais également les sites bouddhistes de l’Inde du Sud et du Sri Lanka. C’était un premier voyage et il fût suivi de nombreux. Quand je ne voyageais pas à travers les pays, je voyageais à travers les métiers, ou les lieux de vie. Le changement a été un perpétuel mouvement, guidée par une flamme intérieure en connexion constante avec le fait que le changement est la vie et que c’est par le changement que nous pouvons rester en lien avec nous-même. 

Notre résistance au changement est l’essence même de nos maux. Nous n’acceptons pas de perdre ce que l’on aime et nous n’acceptons pas de ne pas avoir ce que l’on souhaite. 

Un enseignement déployé tel un mandala

Un mandala est un support de méditation afin de déployer la voie d’un cheminement à réaliser de manière intérieure, au-delà de l’aspect conceptuel des pensées et de l’intelligence.

Mon mandala du voyage fût le mandala d’une expérience étalée au fil des âges, réalisée à travers le voyage-enfant, poursuivie à travers le voyage-routard, puis le voyage-professionnel, pour enfin conduire vers le voyage-intérieur et déployer aujourd’hui en direction des autres, à travers le voyage-enseignement.

Voyager tout en intégrant l’enseignement des yogas tibétains, lesquels comprennent à la fois l’enseignement pratique et l’enseignement théorique, permet à chacun de couper avec le quotidien et de s’immerger dans une voie de transformation réelle car le but de l’enseignement bouddhiste n’est pas d’intellectualiser, mais bien de se transformer comme je l’ai précisé plus haut. 

Je délivre donc l’enseignement des yogas tibétains principalement au travers de retraites ou de voyages afin de permettre à chacun d’acquérir une réelle compréhension de la relation du corps et de l’esprit, du corps physique et du corps énergétique, des émotions et de la sagesse, du souffle et de sa relation avec nos états d’esprit, le tout en apprenant à entrer dans l’expérience.

Quand nous sortons de notre zone de confort, nous sommes confrontés à nous-même. Toutes nos idées, nos concepts, nos perceptions du monde, nos interprétations de la réalité, sont en fait filtrés par nos sens. Afin de nous protéger, nous mettons tout en place pour construire une zone de confort, ne faisant que renforcer notre moi et nos attachements. Le monde d’aujourd’hui ne fait que contribuer à cette démarche en créant toujours plus de besoins et d’objets de plaisirs. Nous sommes connectés en permanence à travers des réseaux et des fonctionnements sociétales qui nous amènent à constamment désirer plus dans l’espoir illusoire de trouver le bonheur. 

Le voyage est l’occasion de nous couper de ces perceptions. Nos cinq sens se trouvent stimulés dans un environnement inconnu et parfois désagréable (bruits, odeurs, goûts, chaleur, visions de souffrance,…). Soit on s’accroche à notre zone de confort et c’est le choc assuré car la résistance génère les émotions négatives et l’on n’est pas bien, soit on prend conscience de cette réalité et on se laisse aller à lâcher prise avec cet inconnu pour le laisser être, conscients que nous ne sommes pas lui et que nous pouvons être heureux d’une autre manière, en connexion directe avec notre nature profonde, et que tout ce qui arrive autour de nous n’est qu’impermanent et n’est pas nous, libérés des j’aime et j’aime pas, je veux et je ne veux pas. On ne fonctionne alors plus en dépendance des éléments extérieurs mais ancrés dans une profonde force intérieure qui permet de traverser les soubresauts sans se laisser attirer par eux. On ne s’accroche plus à ce qu’il se passe en laissant les pensées filer au rythme des secousses, nous sommes comme constamment assis ancrés dans la confiance intérieure. Et à chaque fois qu’une secousse arrive, nous savons où poser le souffle et l’attention pour retrouver la paix que les pensées et les émotions voulaient perturber. L’océan reste alors calme et ne se transforme pas en une mer en furie.

Des yogas complémentaires

J’enseigne 3 techniques de yogas tibétains :

. le Yoga tibétain thérapeutique Lu Jong, lequel est une pratique en lien avec la médecine tibétaine, adaptée aux Occidentaux par Tulku Lobsang. Elle consiste en 21 mouvements répartis en 4 groupes de mouvements : l’harmonisation des 5 éléments, la mobilité du corps, les organes vitaux, les six conditions. L’action répétée de rétentions du souffle combinées avec des points de compressions sur le corps énergétique permet de relancer la circulation de l’énergie et de générer la félicité.

. le Tog Chöd, l’épée de sagesse, lequel est une pratique, issue des danses monastiques, rassemblée par Tulku Lobsang. Elle se pratique avec une épée, symbole de notre sagesse. Celle-ci nous guide dans les mouvements afin de nous amener à couper nos pensées et à établir un esprit calme, lequel est la base pour toute pratique méditative approfondie.

. le Kum Nye, une relaxation tibétaine ou yoga méditatif, lequel est une pratique adaptée pour les Occidentaux par Tarthang Tulku afin d’amener le pratiquant à ressentir son corps énergétique et apprendre à lancer le Nye, cet auto-massage des énergies du corps par les énergies elle-même, permettant ainsi d’établir une paix profonde.

Ces 3 pratiques sont complémentaires et permettent de préparer le pratiquant aux méditations plus profondes si celui-ci souhaite aller en direction des pratiques méditatives des hauts tantras.

Le Kum Nye permet de développer les ressentis, d’installer la pleine conscience du corps, la pleine conscience du souffle à travers ses 9 aspects, le souffle calme, et doucement glisser depuis la transformation du souffle physique en souffle subtil. Les techniques méditatives des hauts tantras nécessite de travailler sur les différents vents subtils, nos énergies, toutefois cela ne sera pas possible si le pratiquant ne les ressent pas. Le Kum Nye ouvre la porte vers ces méditations en amenant le pratiquant à développer sa capacité à ressentir les différents vents.

Le Lu Jong découle du Tantrayana Mère. La pratique permet de développer la compassion et la félicité. A un niveau plus immédiat, le Lu Jong peut être pris comme un médicament. Ses effets sur le corps sont immédiats. Il active la circulation en quelques répétitions et permet de ressentir rapidement les effets de vitalité et de légèreté que ce mouvement énergétique procure tout en développant un esprit heureux.

Le Tog Chöd découle du Tantrayana Père. La pratique permet de couper avec les pensées agitées et d’installer un esprit clair. Tant que l’esprit est agité, il ne sera jamais possible d’aller en profondeur dans les pratiques méditatives. Il est donc essentiel d’établir cette étape dans le long chemin spirituel.

Il existe deux autres lignées de yogas tibétains qui sont le Ne Jang enseigné sous la lignée du Dr Chenagtsang, le Yantra Yoga enseigné sous la lignée de Chogyal Namkhai Norbu et le Trul-Khor enseigné sous la lignée de Tenzin Wangyal Rinpoche.

Une fédération pour préserver ces précieuses pratiques

A l’occasion du Nouvel an Tibétain 2018, avec Irene Wipf, professeure de Lu Jong et de Tog Chöd, j’ai créé la Fédération Française de la Médecine Traditionnelle Tibétaine, des Yogas et de l’Energétique Tibétaine. Nous avons été récemment rejointes par Elise Mandine, praticienne en Médecine Traditionnelle Tibétaine et présidente de l’Association Sorig Khang France dont le but est de sauvegarder la tradition médicale tibétaine et de faciliter l’accès à l’information sur la médecine tibétaine traditionnelle.

Le but de la FF-MTT-YETi est de communiquer autour de ces pratiques ancestrales tout en mettant à disposition du public un registre des professionnels agréés des lignées reconnues de la tradition du bouddhisme tibétain. Nous entendons par lignées reconnues des lignées qui découlent du milieu tibétain et dont les maîtres sont totalement reconnus par les autres maîtres du bouddhisme tibétain, incluant Sa Sainteté le Dalaï Lama. Ce point est très important. Il est ce qui permettra d’assurer le grand public de rencontrer des pratiques authentiques et non diluées afin de bénéficier de méthodes efficaces testées et approuvées depuis plusieurs millénaires. Dans d’autres systèmes, on voit des gens devenir formateurs du jour au lendemain de telle ou telle technique. Dans le système tibétain, cela n’est pas possible car les lignées existent et sont consignées dans les livres des monastères. La FF-MTT-YETi alerte ainsi le grand public à toujours vérifier d’où les personnes se disant « formateurs ou professeurs » ont été formés. Si cela découle d’une lignée reconnue, alors parfait, dans le cas contraire, méfiance…

 

Notre but est de protéger ces pratiques et le public en établissant un point de référence.

Le Kailash, entre réalité conventionnelle et réalité ultime

En juin 2018, nous partîmes dans l’Ouest du Tibet réaliser le rêve d’une vie, un voyage pour effectuer la Kora dans le mandala naturel du Kailash à l’occasion du festival annuel de Saka Dawa. Saka Dawa célèbre la naissance, l’éveil et l’entrée en parinirvana du Bouddha Sakyamuni. Effectuer une Kora autour du Kailash à ce moment là de l’année est très auspicieux car durant Saka Dawa, les mérites générés par les actes vertueux sont multipliés 100 millions de fois. Le mandala du mont Kailash est quant à lui connu pour apporter certaines vibrations de «référence» qui permettent d’activer les centres énergétiques du pèlerin et d’unifier les corps physique et spirituel afin de faire avancer considérablement le développement spirituel.

Au coeur des montagnes himalayennes, sur un ancien fond marin maintenant élevé à plus de 4500 m d’altitude, dans un univers où les sommets enneigés flirtent avec les dunes, les coquillages et les mouettes, cheminent des êtres aux sourires éveillés, aux cheveux noirs parfois emmêlés, la main serrée autour d’un moulin à prière, les lèvres psalmodiant « Om Mani Padme Hum », avançant au lent rythme de cinq pas et une prosternation…

Nous sommes dans l’Ouest tibétain, berceau des pratiques tantriques du Bön, la tradition spirituelle tibétaine à laquelle le Bouddhisme se mêla pour former le Bouddhisme tibétain.

NAISSANCE D’UNE RÉALITÉ OU D’UN MYTHE

Tonpa Shenrab Miwoche est né il y a 18 000 ans environ au pays d’Olmo Lungring, un monde à la forme d’un lotus à huit pétales, situé au-delà de la dualité, un monde intemporel où paix intérieure et joie d’être sont les états des êtres. 

Afin de découvrir ce pays extraordinaire, il est nécessaire de s’être débarrassé de toutes nos illusions lesquelles sont à la source de nos attentes, de nos peurs, et donc de la création de nos karmas négatifs. Seuls ceux ayant réalisé la vacuité et dont l’esprit repose dans la claire lumière peuvent le percevoir.

Au centre d’Olmo Lungring se dresse le mont Yungdrung Gu Tseg duquel naissent quatre rivières s’écoulant vers les quatre directions cardinales. La montagne est entourée de temples, de villes et de parcs. Olmo Lungring se situerait sur les terres actuelles du mont Kailash, dans l’actuelle préfecture de Ngari.

Tonpa Shenrab Miwoche eut une vie très similaire à celle du Bouddha Shakyamuni. Né au sein d’une famille royale, il renonce à son statut à l’âge de 31 ans afin d’embrasser une vie de renonciation et d’austérité. C’est au pied du mont Kailash qu’il descendit d’Olmo Lungring, dans cette région alors ancien royaume de Zhangzhung, pour diffuser les enseignements Bön. 


Ce royaume était situé dans l’Ouest du Tibet, sur les terres actuelles de la préfecture de Ngari et s’étendait jusqu’au Spiti en Inde du Nord. Au coeur de ce territoire se dresse le Mont Kailash, culminant à 6638 mètres. Du mont Kailash, lequel signifie « cristal » en Sanskrit (Kailâsa), naissent quatre fleuves : l’Indus, le Sutlej, le Brahmapoutre et la Karnali.

PEUT-ON SE LAISSER ALLER À IMAGINER QUE LE TERRITOIRE DU MONT KAILASH SERAIT LA REFLECTION DUALISTE DU TERRITOIRE DU MONT YUNGDRUNG GU TSEG, REFLECTION NON-DUALISTE DE NOTRE RÉALITÉ ?

Kang Rinpoche, de son nom tibétain, n’est pas une simple montagne. C’est une montagne magique, un lieu de pèlerinage pour les Bönpos, les Hindous, les Jaïns et les Bouddhistes. Elle est la montagne la plus sacrée d’Asie et se situe au coeur d’un mandala géant.

Elle est la demeure de Korlo Demchog ou Chakrasambava, lequel y vit en union avec sa consort Vajravarahi, Dorje Phagmo en tibétain. Cette union symbolise l’incarnation suprême de la sagesse et de la compassion.

La demeure est entourée de montagnes formant quatre murs orientés en direction des quatre points cardinaux. Ces quatre murs forment les quatre côtés d’un mandala dont la base est carrée et ils comprennent quatre portes. Chacun des quatre murs se montre sous des coloris de roches différents à l’image des mandalas tibétains dessinés par les moines. Le centre forme un lotus à 8 pétales avec le mont Kailash en son centre.

La découverte du mont Kailash s’effectue en relation avec notre cheminement intérieur. Si notre esprit est encore très obscurci par l’illusion, très dualiste, nous découvrirons un sentier qui file sur 38 kilomètres, avec le passage du col de Dolma La à 5636 mètres. Celui qui vient pour faire du trekking sera déçu car la Kora du mont Kailash ne comprend que 3 journées de marche, sans aucune difficulté, et les point d’attraits de ces montagnes sont leurs emanations sur un plan spirituel. 

UN PÈLERINAGE… REFLET D’UN CHEMINEMENT INTÉRIEUR

La première étape consiste en une marche dans une longue vallée sur un sentier plutôt plat. En effet, le pèlerin effectue 400 m de dénivelé positif répartis sur une marche de  14 km afin de rejoindre le site du monastère de Drira Phuk à 4835 m d’altitude. La deuxième étape consiste à franchir le col de Dolma la (Tara), culminant à 5636 m. Il y a 640 m de montée sur 5 km, puis arrivé au col, la descente se déroule sur 12,5 km avec un dénivelé négatif de 880 m. C’est donc là la journée la plus difficile du parcours, mais elle reste tout à fait abordable à toute personne ayant l’habitude de faire des randonnées en montagne, à condition de marcher lentement car le seul obstacle réel sera le souffle, ou plutôt le manque de souffle si l’on va trop vite. Après une nuit sur le site du monastère de Zuthrul Phuk, le pèlerin poursuit la descente avec 230 m de dénivelé négatif répartis sur 7 km et monte ensuite dans une navette pour rejoindre le village de Darchen.

Sur la Kora du mont Kailash cheminent autant de type de pèlerins que de types d’individus sur terre. Certains découvrent la kora derrière les voiles de leurs illusions, d’autres pourront réellement toucher la magie de ce mandala énergétique, et certainement quelques rares verront ce que l’esprit ordinaire ne peut percevoir…

Nous entrons dans le mandala du Kailash à travers le cimetière des quatre-vingt-quatre Mahasiddha, puis cheminons dans l’énergie de la montagne de l’Assemblée des 500 Arhats et poursuivons toute la journée au pied des montagnes à travers les énergies des palais de Mahakala, Tara, Amitabha, Vijaya. Tout le long du chemin, le pèlerin effectue différents rituels. Douze prosternations dans les 4 directions à certains points, des offrandes d’encens à d’autres, des méditations en certains points précis, la liste est longue et s’offre aux pèlerins avertis ou parfois à travers les signes, tel un petit moineau qui peut montrer tous les points au fur et à mesure du parcours, ce qui fût mon cas.

En fin d’après-midi, soudain, alors que le pèlerin chemine désormais vers l’Est, le Diamant, pur, élancé, puissant, s’offre dans toute sa grandeur. L’un ne verra qu’une montagne alors que le corps subtil d’un autre sera touché physiquement par cette énergie déployée. La connection est en dépendance de l’ouverture du corps subtil du pratiquant et donc de ses antécédents karmiques et de son évolution actuelle.

Sur l’autre flan de la vallée, le monastère de Drira Phuk, fait face à l’imposant mur Nord du mont Kailash, ancré autour de l’une des deux grottes de Götshangpa, yogi errant du 12ème siècle, reconnu comme étant la réincarnation de Jetsun Milarepa, l’un des deux saints du Tibet (avec Guru Rinpoche), yogi, poète et magicien, grand maître de la tradition Kagyu. 

Le 2ème jour, nous restons plus longtemps ici afin de nous rapprocher de la base du mont Kailash. Cette approche s’effectue à travers une petite marche vers le pied de sa face nord, mais le but n’est pas d’aller physiquement à son pied, le but étant de pratiquer en contact avec son énergie. Nous nous enfonçons donc dans la petite vallée située entre la montagne d’Avalokiteshvara et la montagne de Vajrapani pour rejoindre notre salle de pratique, à priori la plus haute salle de pratique de yoga au monde, culminant à 5335 m d’altitude.

Nous nous échauffons avec un massage des 5 éléments, puis nous purifions et équilibrons nos canaux principaux à travers les neuf respirations, et poursuivons notre échauffement du corps subtil à l’aide d’un petit tsa-lung (enchaînement de mouvements au sein d’une rétention du souffle). Nous sommes prêts à entamer la pratique du Lu Jong, yoga tibétain thérapeutique, lequel a pris source dans les traditions Bön, ici donc, dans l’énergie du mont Kailash. Les mouvements sont précis et le rythme vient s’adapter au souffle. A 5 335 m d’altitude, le souffle est court. Certains mouvements demandent une belle attention pour tenir la rétention dans le centre énergétique du ventre, d’autres s’enchaînent avec facilité, légèreté et bonheur. La chaleur générée par la pratique, laquelle alterne des temps de rétention du souffle dans un environnement où l’air ne contient plus que 51% d’oxygène, monte vite depuis les profondeurs des canaux. L’esprit est rapidement ancré dans ces profondeurs, les pensées oubliées, les ressentis se manifestent avec force au sein d’un océan de calme et de plénitude devenant omniprésent au fil de la pratique, pour finir dans une félicité certaine, certainement aidée par la félicité de Chakrasambhava.
Nous resterions des heures, des jours, nous rentrerions en retraite ici même si le monde n’était pas assorti à des conditions de visas et d’autorisations.

Au lever, le pèlerin repart pour la 2ème étape, en direction de la montagne de Manjushri, avec pour objectif le franchissement du col de Dolma La. Le col de Dolma La est un lieu puissant, le point d’orgue de la kora. Non pas par son aspect physique, car la montée se déroule en 3 petites montées successives entrecoupées de grands plateaux où l’on peut largement se reposer en cheminant tranquillement, mais par le travail énergétique qui se déroule chez chacun, qu’il en soit conscient ou pas.

Il est d’ailleurs dit que le pèlerin qui effectuera la kora cent huit fois atteindra l’éveil, son corps énergétique étant totalement libéré des obstructions, ses états d’esprits étant ainsi totalement transformés, les voiles de l’illusion s’étant dissouts dans la pure connaissance et la félicité.

Durant la montée, le pèlerin poursuit les pratiques au fil des lieux. Sur le cimetière de Shiwatshal Durtrö, réplique du cimetière indien de Bodh Gaya, le pèlerin médite sur la mort. Il laisse son enveloppe corporelle et visualise son voyage dans les bardos, les états intermédiaires entre les vies, un lieu d’errance pour qui n’a pas pratiqué sur ses obscurcissements de son vivant. Avant de reprendre le chemin, il abandonne symboliquement une partie physique de lui, une mèche de cheveux, des ongles, un vêtement… Un peu plus loin, la contemplation du pic rocheux, miroir du jugement de Shinje (Yamantaka, seigneur de la mort), révèle la somme des péchés que le pèlerin a accumulé. Une dizaine d’étapes spirituelles parsèment ainsi le cheminement du pèlerin jusqu’au col de Dolma La. 

Puis vient le franchissement du col. Cette étape représente le passage de cette vie vers la nouvelle. C’est là que le corps subtil du pèlerin se débarrasse des karmas négatifs des vies passées. 

Mais tout le monde n’aura pas le karma pour le franchir. Si le karma est vraiment négatif, le pèlerin mourra ou devra rebrousser chemin du fait d’un aléa météorologique ou d’un problème soudain. Si le karma est légèrement négatif, le franchissement du col se fera à travers un obstacle qui peut se manifester par l’apparition soudaine d’une horde d’animaux ou par l’arrivée subite du mauvais temps.

C’est sous les auspices du soleil et d’une douce journée printanière que nous le franchissions après une marche consciente de quelques heures. Assis au milieu des drapeaux à prières et des katas, les petits groupes de pèlerins expriment leur joie à travers des rires, de vives discussions, et partagent de la tsampa, des fruits secs ou un verre de thé au beurre sorti d’un thermos. 

Vient ensuite le temps de la descente afin de regagner le fond de la vallée et cheminer dans un paysage extraordinaire entre le palais de Tashi Tseringma et le palais du Bouddha de Médecine. Les roches sont bleues et il se dit que certains jours une forte odeur médicinale envahit l’air. 

Cette journée s’achève au monastère de Zutrul Phuk, la caverne aux miracles, et si le pèlerin a encore des forces, il peut partir effectuer la grande kora qui cercle le monastère dans un circuit de 3 heures et ponctué de lieux où il pourra à nouveau associer des rituels et pratiques. 

La dernière étape de la Kora s’effectue à travers une courte marche en fond de vallée, en bordure de rivière. Après le passage devant le champ de danse des dakinis, le pèlerin sort de l’enceinte de la kora du Kailash et le regard porte au loin sur le lac Manasarovar.

Le pèlerin peut poursuivre son périple comme nous l’avons fait en rejoignant les sources d’eaux chaudes où Guru Rinpoche méditat longuement avec sa consort, la grande yogini Yeshe Tsogyal ou encore s’engager sur une kora autour du lac Manasarovar.

MAIS LE PÉRIPLE NE S’ARRÊTE PAS LÀ. TOUT COMMENCE LÀ EN FAIT. 

Le corps subtil purifié des karmas des vies négatifs, un processus de réorganisation karmique peut se mettre en place. Quelque soit le niveau d’avancement spirituel du pèlerin, celui-ci verra dans les mois et années qui suivent la kora autour du Kailash que tout à coup, des marches sont franchies… les connexions se mettent en place… les enseignements par les signes se déroulent… les compréhensions s’établissent… l’illusion s’amincit… Kang Rinpoche poursuit son oeuvre, certainement en lien avec la félicité omnisciente de l’Univers à travers la relation du mandala physique du mont Kailash avec le monde d’Olmo Lungring et le mont Méru. 

Alors que je relatais à un Geshe une expérience que je vécus durant cette Kora, celui-ci me dit : « Maintenant que tu es allée près de Kang Rinpoche, la connexion est établie, cette énergie sera toujours là ». Les mois ont passé, et je peux confirmer aujourd’hui la véracité de ces propos. Depuis, je ne peux que constater ce qu’un ami tibétain m’avait dit avant de m’envoler vers le Tibet : « Tu verras, le Kailash n’est pas un lieu comme les autres. Après y avoir été, ta vie va changer ».

OU – QUAND – COMMENT ?

Le mont Kailash se trouve dans l’Ouest tibétain, près de la frontière indienne, mais on ne peut y accéder qu’en arrivant de l’est, soit depuis le Népal, soit depuis Lhassa. La période pour y aller s’étire de mi avril à mi octobre.

Valérie Lobsang-Gattini, professeure de yogas tibétains Lu Jong, Tog Chöd et Kum Nye, organise chaque année un voyage sur la Kora du mont Kailash durant le festival annuel de Saka Dawa, mais également à la demande dès 3 personnes, ou 2 avec option, aux dates de votre choix. Son objectif est d’amener chacun à toucher cette puissance que le lieu génère, tout en intégrant le yoga tibétain Lu Jong là où il est né, le tout afin d’amener le futur pèlerin à trouver la porte d’entrée vers les joyaux de la plénitude intérieure, libéré des attachements, en basculant de l’approche intellectuelle et conceptuelle vers le ressenti de l’expérience.